Les crises 2011, leçons pour l’avenir - Par Thierry Libaert

L’Observatoire International des Crises (OIC), Magazine de la communication de crise et sensible publie une petite synthèse des crises de 2011.

Bilan des crises 2011

"Si 2010 avait connu quelques crises retentissantes à l’instar de Toyota qui dut rappeler en février plus de 8 millions de véhicules et surtout BP qui dut affronter la crise liée à l’explosion de la plateforme Deep Water le 20 avril dans le golfe du Mexique, 2011 a apporté son cortège de crises avec la perception d’une accélération croissante. Chaque mois apporta  une nouvelle crise, chacune riche d’enseignement."

Lire l’article : Les crises 2011, leçons pour l’avenir


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Affaire Galliano : les leçons d’une communication de crise

Après les dérapages verbaux de son styliste , la communication de crise de Dior a été intelligemment menée et saluée comme telle par les marchés. Mais avec le départ du styliste, une page se tourne, tandis que surgissent de nouveaux venus, les « managers créateurs », qui ont intégré les leçons de la « fast -fashion » à la Zara ou H&M.

Par Véronique RICHEBOIS / LES ECHOS

Ce qui nous arrive aujourd’hui est une épreuve. » En prononçant ces mots, Sidney Toledano, le PDG de Dior, n’a pas cherché à masquer le trouble qui a secoué la célèbre maison de couture. Dans son discours, en ouverture du défilé du vendredi 4 mars, le patron évoque « le designer brillant » dont Dior vient de se séparer brutalement. Il dénonce aussi les « propos inacceptables » dont John Galliano s’est rendu coupable. Quelques jours auparavant, sous l’emprise de l’alcool, le directeur artistique de Dior Couture depuis 1996 avait apostrophé des clients d’un café parisien avec des propos racistes et antisémites. Une vidéo que s’était procurée le « Sun » tournait en boucle sur Internet.

Ce qui nous arrive aujourd’hui est une épreuve. » En prononçant ces mots, Sidney Toledano, le PDG de Dior, n’a pas cherché à masquer le trouble qui a secoué la célèbre maison de couture. Dans son discours, en ouverture du défilé du vendredi 4 mars, le patron évoque « le designer brillant » dont Dior vient de se séparer brutalement. Il dénonce aussi les « propos inacceptables » dont John Galliano s’est rendu coupable. Quelques jours auparavant, sous l’emprise de l’alcool, le directeur artistique de Dior Couture depuis 1996 avait apostrophé des clients d’un café parisien avec des propos racistes et antisémites. Une vidéo que s’était procurée le « Sun » tournait en boucle sur Internet.

VÉRONIQUE RICHEBOIS

Ce dérapage et le torrent de protestations qui ont suivi risquaient d’avoir des effets déstabilisants pour la marque sur les marchés internationaux, où Dior peut se prévaloir de 240 boutiques et 826 millions d’euros de ventes en 2010 (+ 10 %). Nouvelle égérie très en vue de Dior, l’actrice Nathalie Portman avait aussitôt manifesté son indignation…

En jouant la carte de la transparence, Sidney Toledano a réussi à éteindre l’incendie. Les professionnels du secteur ont salué la performance comme un modèle de communication de crise réussie. Non seulement, le PDG a reconnu la faute de John Galliano, mais il a aussi regretté l’acte et présenté publiquement les excuses de la maison de couture. Respectant à la lettre les règles d’airain de la communication de crise à l’américaine, qui ne supporte ni le mensonge, ni la lenteur de réaction.

Moralité, le 4 mars, l’action LVMH (le groupe de luxe, auquel appartient Dior est par ailleurs propriétaire des « Echos ») était en hausse de 0,26 %, à 114 euros, alors que la marque venait de se séparer de son créateur star. « Plus que le départ de Galliano, la communauté financière a salué la réactivité du groupe LVMH », commente Emmanuel Bruley des Varannes, analyste financier spécialiste du luxe à la Société Générale. D’autres analystes rappellent que le groupe était encore sous le coup de la polémique provoquée par des propos à caractère raciste de Jean-Paul Guerlain, l’ancien dirigeant du parfumeur du même nom : « La leçon a été retenue. » Autre signe que la réaction de LVMH a été bien perçue : le 4 mars, à la fin du défilé, en lieu et place des apparitions flamboyantes de Galliano, ce sont les petites mains qui sont venues saluer. Et qui ont reçu en retour une « standing ovation » d’une intensité rare.

La fin d’une époque

Cette histoire n’est pas simplement celle d’une crise. Cette chute d’un homme raconte probablement aussi une mutation des codes du marketing de la mode. Au musée Rodin, le jour du défilé régnait un climat inhabituel, comme si il était annonciateur de la fin d’une époque, un an après le suicide du créateur de mode britannique Alexander McQueen. La fin des défilés-shows à la Galliano, dont le montant avoisinait, selon les professionnels, près de 3 millions d’euros chacun. Du flamboyant et du démesuré.

« Ce n’est pas une coïncidence si Carine Roitfeld, qui avait imposé le “porno-chic” dans “Vogue”, a quitté la direction de la rédaction du magazine il y a trois mois », commente Dominique Cuvillier, consultant en marketing des tendances. Les extravagances de certains créateurs leur exubérance et leurs transgressions, ont permis à de vieilles maisons de retrouver une seconde jeunesse. Mais leurs départs signent leurs propres limites comme celles de l’exercice.

Dans des groupes européens souvent cotés en Bourse, la volonté de calmer le jeu et de travailler avec des managers-créateurs croise désormais l’aspiration du grand public à une mode plus sage, plus« hédoniste et discrète », selon l’expression de Donald Potard, associé pendant vingt ans de Jean Paul Gaultier. « Chez Hermès, Gaultier apportait une valeur ajoutée d’imaginaire, racontait des histoires poétiques », analyse Vincent Grégoire, chasseur de tendances chez Nelly Rodi. Mais, aujourd’hui, sous la pression notamment de la « fast-fashion » (H&M, Zara…) qui a entraîné dans son sillage les chefs de produit et la multiplication des collections, on demande aux créateurs de maîtriser les règles de la communication et du marketing, de savoir concevoir six défilés annuels sans trahir de fragilités…

« Besoin de spectaculaire »

« Christophe Lemaire, qui a remplacé Gaultier chez Hermès, Guillaume Henri chez Carven savent répondre à ce type de contraintes et concevoir des plans de collections, ajoute Vincent Grégoire. Il est probable que va souffler chez Dior et ses concurrents un vent de sagesse et de puritanisme. » Pour Emmanuel Bruley des Varannes, « il est probable que les dirigeants de la maison vont en profiter pour faire quelque chose de très différent, plus recentré sur le produit ». Un dosage qui n’est pas si simple car, comme le souligne un bon observateur du milieu, un défilé de mode « aura toujours besoin de spectaculaire ».

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Thomas Serrano : “L’affaire Galliano/Dior est un modèle en termes de communication de crise.”

La patron de la branche luxe de Euro RSCG commente l’affaire Galliano et la reprise de la communication évènementielle des marques de luxe.

Emmanuel Duteil et Sabrina Quagliozzi : L’affaire de la semaine, c’était la polémique Galliano, créateur de Dior soupçonné d’avoir tenu des propos antisémites. Tout le monde semble s’accorder : Dior a parfaitement réagi en annonçant très rapidement une procédure de licenciement ?

Thomas Serrano : C’est un modèle en termes de communication de crise : ils ont été très rapides et très clairs. C’est tout à leur honneur - et notamment Bernard Arnault - d’avoir pris cette décision qui s’imposait.

Il y avait aussi eu quelques antécédents avec l’affaire Guerlainrécemment, ils se sont donc dits qu’il fallait réagir tout de suite. Y aura-t-il un impact sur la marque ?

C’est une marque d’image, donc l’impact est indéniable. Il est difficile de savoir aujourd’hui quel sera l’impact sur les ventes en termes de durée et de savoir jusqu’à quel point les clientes Dior vont refuser d’acheter leur prochaine robe ou leur prochain sac – et d’aller peut-être chez le concurrent de la porte d’à côté - à cause des propos diffamatoires de John Galliano.

Je pense - et je l’espère - que c’est en fait une opportunité pour le groupe pour rebondir et repartir sur une nouvelle base de création. 

C’est une  collaboration qui a duré quinze ans, qui a apporté beaucoup de bonnes choses au groupe, et je pense qu’il était peut-être aussi temps – c’est en tout cas ce qui se dit dans le microcosme – de tourner la page.

On dit que John Galliano n’était plus très présent, les dernières collections étaient siglées Galliano mais ses équipes travaillaient pour lui… Ce qu’on dit ici c’est : c’est pas comme ça qu’il aurait fallu que ça se termine, vu que ça se termine comme ça, tournons vite la page, et relançons la marque Dior ?

C’est exactement ce qui se dit ici. C’est difficile de se réinventer – quelque créateur que l’on soit – dans le monde de la mode plusieurs fois par an. Il a fait un travail exceptionnel mais sur les deux dernières années, il y avait peut-être effectivement un essoufflement des deux côtés. C’est une opportunité pour le groupe aujourd’hui de rebondir.

Vous êtes spécialiste des évènements luxe à New-York, particulièrement impacté pendant la crise. Vous avez en plus fondé cette division pour Euro RSCG pile à ce moment-là ! Ça repart ?

Oui, clairement, en termes de nombre de projets. On revoit aujourd’hui des marques qui pendant 18 à 24 mois n’ont pratiquement pas communiqué sur le terrain de la communication évènementielle.

Elles se disent qu’il faut à nouveau être sur le devant de la scène, mettre en scène ses produits, réunir à nouveau ses clients, la presse et faire du bruit sur des évènements live qui ont une vraie valeur ajoutée en termes de communication. Quand on est une marque de luxe, et qu’on veut mieux, comprendre un produit, il faut pouvoir le toucher, dialoguer, être présent physiquement […]

Il y a une nette reprise en 2011, cette reprise est une vraie volonté de la part des grands patrons des marques de luxe mais elle n’atteint peut-être pas encore aujourd’hui les niveaux d’investissements que j’ai pu connaître en 2007 ou 2008.

[…]

Est-ce qu’une marque française communique différemment ici par rapport aux Etats-Unis sur le secteur du luxe ?

En France, les marques travaillent beaucoup sur l’image, le prestige, le statut. Ici, les marques en délocalisé travaillent de manière plus opérationnelle sur un retour à investissement à plus court terme.

On n’est plus dans le secteur de l’image mais de la rentabilité. Nos métiers aujourd’hui doivent s’adapter. Depuis la crise, on nous demande beaucoup de retour sur investissement.

(…)

Ecouter l’interview de Thomas Serrano

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John Galiano, comme un parfum de scandale

Par Comcrise : http://www.comcrise.fr

Après l’affaire Guerlain, voici que les débordements du créateur de Dior, John Galiano viennent déstabiliser – au-delà de la marque Dior – le groupe LVMH.

Mais ce qui a changé par rapport à l’affaire Guerlain dans la conduite de la communication de la marque (Dior), c’est la réactivité quasi immédiate malgré – a priori – le manque d’informations et de certitudes sur les faits reprochés dès le début de l’affaire.

La stratégie a été simple, directe, sans appel : celle du coupable. Dans les heures qui ont suivi, la direction de la maison de couture a « lâché » son créateur fétiche, adulé depuis plus de 15 ans tout d’abord par une procédure de suspension puis par son licenciement. Il est évident que ces décisions n’ont pu être prises qu’avec le concours des avocats et juristes du Groupe afin d’être dans les règles. Le point décisif a été la mise en réseau d’une vidéo sans équivoque montrant un John Galiano comme l’avait décrit les plaignants : la preuve absolue !

Pourquoi un tel changement ? Premièrement, je pense que le Groupe LVMH a tiré les enseignements de la mauvaise gestion de crise de l’affaire Guerlain. Deuxièmement pour dissocier le plus rapidement possible, de la marque Dior, les propos antisémites proférés et l’admiration que Galiano semble porter pour le personnage d’Hitler, durant la période judiciaire (enquête de police et procès à venir). Comme le disait un avocat au magazine numérique l’Express.fr, « le simple fait que le comportement de Galliano nuise à l’image de la marque de luxe suffisait à le licencier ».

En communication de crise, la dimension même du sujet de crise est déterminant. L’antisémitisme en est un de forte puissance et son développement médiatique toujours très important. De plus, la réactivité du Net 2.0 et la mise en ligne d’éléments numériques apportant la preuve d’une faute en quelques heure voire même de minutes change considérablement la donne.

Dès lors, on voit bien là l’importance – pour la cellule de crise d’une entreprise – de mener une réflexion rapide sur les enjeux de sa communication et de sa posture et d’appliquer alors la « bonne » stratégie ! Dior l’a fait et on doit reconnaître que c’est plutôt habile. Même si derrière tout cela, l’éventualité d’un prétexte idoine a pu permettre à son employeur de licencier un couturier devenu gênant comme l’évoquait sur Europe 1 Marie-Pierre Lannelongue, spécialiste de la mode au Nouvel Obs: Galiano était « passé de mode ».

Il reste à savoir quels seront les impacts de cette affaire sur la marque, mais ils semblent limités à mon avis et l’important pour le groupe LVMH se situe à présent dans le choix du successeur de John Galiano et dans toute la stratégie de communication et de reconstruction qui va l’accompagner. Un changement de look du futur impétrant est tout à fait envisageable afin d’être dans la rupture et de réparer les cicatrices laissées par le coup de griffe fait par son ex-chouchou.

Mais cela est une autre histoire.

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Licenciement de Galliano : “Un geste opportuniste de la part d’une marque opportuniste”

LEMONDE.FR | 03.03.11 | 08h03 • Mis à jour le 03.03.11 | 08h42mp Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode

Benoît Heilbrunn est professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode. Il revient sur la médiatisation du licenciement de John Galliano par Dior.

Benoît Heilbrunn est professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode. Il revient sur la médiatisation du licenciement de John Galliano par Dior.

Dior a-t-il réussi sa communication de crise ?

Je ne crois pas qu’il s’agisse de communication de crise. Il y a eu un précédent il y a quelques mois avec Guerlain (qui avait dérapé à propos du travail des “nègres”, NDLR), donc la faute n’était plus permise. Ils devaient réagir comme ils l’ont fait. Pour moi, la véritable question est de savoir si ce licenciement est lié aux propos de Galliano ou s’il ne s’agit que d’un prétexte pour s’en débarrasser.

Pourquoi Dior aurait-il voulu se séparer de John Galliano ?

Bien qu’il soit difficile de vérifier cette hypothèse, une chose est claire : il est très compliqué pour un styliste de rester créatif lorsqu’on travaille pour la même marque depuis plus de quinze ans. On peut dire que Galliano avait fait son temps chez Dior. Par ailleurs, il semblait qu’en raison de problèmes personnels, il travaillait moins qu’auparavant.

Pour moi, l’entreprise a fait un coup marketing pour s’en débarrasser de façon habile, qui lui permet en plus de défendre une éthique. C’est un geste opportuniste de la part d’une marque qui n’est plus qu’opportuniste.

Que voulez-vous dire par là ?

Au cours des vingt dernières années, certaines grandes marques qui possédaient un savoir-faire et un style ne sont plus devenues que des machines à vendre des logos. L’arrivée de John Galliano chez Dior en 1996 entrait dans une stratégie visant à rajeunir la marque.

Finalement, son rôle n’était pas celui d’un créatif mais d’un directeur de communication : il devait proposer des excentricités pour créer le maximum de bruit autour de la marque.

Dior a choisi de communiquer sur sa notoriété plutôt que sur ses produits. Le résultat est qu’aujourd’hui la marque gagne l’essentiel de son argent avec des produits logotypés, comme les accessoires et les sacs. Pour moi, Dior s’est vidé de son contenu. La seule chose que l’on retenait des défilés de Galliano, c’était le bruit médiatique qu’ils engendraient.

Dans ce cadre, la crise économique a-t-elle changé la stratégie de Dior ?

Oui. Les marques ont pris conscience qu’il fallait privilégier le contenu et le savoir-faire plutôt que le discours. Auparavant, on vendait un symbole, et donc un logo : cela se retrouve chez Louis Vuitton, qui appartient également au groupe LVMH et qui gagne beaucoup d’argent grâce à son monogramme.

Je crois que Dior veut retrouver une esthétique au long cours, chose qu’il lui était difficile de faire avec Galliano, qui changeait de style tous les ans. Aujourd’hui, quand on évoque Dior, on pense aux défilés et à leur scénarisation, mais pas à un style.

Ce licenciement serait donc la première étape d’un changement d’orientation de Dior ?

Il faut se souvenir que son fondateur, Christian Dior, avait révolutionné le style de la femme d’après-guerre, il véhiculait une certaine éthique dans sa manière de travailler. On peut espérer que la marque Dior veuille se recentrer sur ces valeurs.

Propos recueillis par Vincent Matalon

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/03/licenciement-de-galliano-un-geste-opportuniste-de-la-part-d-une-marque-opportuniste_1487480_3224.html

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Licenciement de Galliano : “Un geste opportuniste de la part d’une marque opportuniste”

LEMONDE.FR | 03.03.11 | 08h03 • Mis à jour le 03.03.11 | 08h42

Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode

Benoît Heilbrunn est professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode. Il revient sur la médiatisation du licenciement de John Galliano par Dior.

Le créateur britannique John Galliano lors de son défilé Christian Dior, le 25 janvier 2010 à Paris.AFP/FRANCOIS GUILLOT

Benoît Heilbrunn est professeur de marketing à l’ESCP Europe et chargé des enseignements portant sur l’analyse et la stratégie de marque à l’Institut français de la mode. Il revient sur la médiatisation du licenciement de John Galliano par Dior.

Dior a-t-il réussi sa communication de crise ?

Je ne crois pas qu’il s’agisse de communication de crise. Il y a eu un précédent il y a quelques mois avec Guerlain (qui avait dérapé à propos du travail des “nègres”, NDLR), donc la faute n’était plus permise. Ils devaient réagir comme ils l’ont fait. Pour moi, la véritable question est de savoir si ce licenciement est lié aux propos de Galliano ou s’il ne s’agit que d’un prétexte pour s’en débarrasser.

Pourquoi Dior aurait-il voulu se séparer de John Galliano ?

Bien qu’il soit difficile de vérifier cette hypothèse, une chose est claire : il est très compliqué pour un styliste de rester créatif lorsqu’on travaille pour la même marque depuis plus de quinze ans. On peut dire que Galliano avait fait son temps chez Dior. Par ailleurs, il semblait qu’en raison de problèmes personnels, il travaillait moins qu’auparavant.

Pour moi, l’entreprise a fait un coup marketing pour s’en débarrasser de façon habile, qui lui permet en plus de défendre une éthique. C’est un geste opportuniste de la part d’une marque qui n’est plus qu’opportuniste.

Que voulez-vous dire par là ?

Au cours des vingt dernières années, certaines grandes marques qui possédaient un savoir-faire et un style ne sont plus devenues que des machines à vendre des logos. L’arrivée de John Galliano chez Dior en 1996 entrait dans une stratégie visant à rajeunir la marque.

Finalement, son rôle n’était pas celui d’un créatif mais d’un directeur de communication : il devait proposer des excentricités pour créer le maximum de bruit autour de la marque.

Dior a choisi de communiquer sur sa notoriété plutôt que sur ses produits. Le résultat est qu’aujourd’hui la marque gagne l’essentiel de son argent avec des produits logotypés, comme les accessoires et les sacs. Pour moi, Dior s’est vidé de son contenu. La seule chose que l’on retenait des défilés de Galliano, c’était le bruit médiatique qu’ils engendraient.

Dans ce cadre, la crise économique a-t-elle changé la stratégie de Dior ?

Oui. Les marques ont pris conscience qu’il fallait privilégier le contenu et le savoir-faire plutôt que le discours. Auparavant, on vendait un symbole, et donc un logo : cela se retrouve chez Louis Vuitton, qui appartient également au groupe LVMH et qui gagne beaucoup d’argent grâce à son monogramme.

Je crois que Dior veut retrouver une esthétique au long cours, chose qu’il lui était difficile de faire avec Galliano, qui changeait de style tous les ans. Aujourd’hui, quand on évoque Dior, on pense aux défilés et à leur scénarisation, mais pas à un style.

Ce licenciement serait donc la première étape d’un changement d’orientation de Dior ?

Il faut se souvenir que son fondateur, Christian Dior, avait révolutionné le style de la femme d’après-guerre, il véhiculait une certaine éthique dans sa manière de travailler. On peut espérer que la marque Dior veuille se recentrer sur ces valeurs.

Propos recueillis par Vincent Matalon

Source : Le Monde.fr

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Comment Dior veut désamorcer l’affaire Galliano

Par Elie Patrigeon - publié le 02/03/2011 à 18:42 pour LEXPRESS.fr

La marque de luxe s’est séparée de son créateur, accusé d’antisémitisme. Dior a réagi vite, pour limiter les risques. Le point sur l’affaire.

Pourquoi Dior a-t-il licencié Galliano si vite?

Première raison : une première plainte pour antisémitisme a été déposée. Quelques jours plus tardle Sun publie une vidéo sans équivoque. Galliano, visiblement éméché, y vocifère des insultes raciales et antisémites et y affirme son admiration pour Hitler. Difficile, dans ces conditions, pour la marque Dior, de voir son image constamment associée à une enquête pour de tels faits. D’ailleurs, comme le rappelait un avocat interrogé par LEXPRESS.fr, le simple fait que le comportement de Galliano nuise à l’image de la marque de luxe suffit à le licencier.

Ensuite parce que LVMH, qui détient la marque Christian Dior pour les parfums, est déjà échaudé. En octobre, Jean-Paul Guerlain, descendant du fondateur du groupe de parfumerie qui appartient désormais au géant du luxe, déclenchait la polémique en parlant du “travail des nègres”. S’en étaient suivies des manifestations et un appel au boycott des produits Guerlain. LVMH avait été mis en cause pour sa passivité et la faiblesse de sa réaction. S’il est difficile aujourd’hui d’estimer les pertes financières consécutives à cette polémique, les dommages en termes d’image furent sérieux. D’où la rapidité de la suspension puis du licenciement de John Galliano.

Mais certains vont plus loin. Ils estiment que Galliano était “passé de mode”, selon la formule de Marie-Pierre Lannelongue, spécialiste mode au Nouvel Obs et interrogée par Europe 1. Pour la chroniqueuse, le bling-bling, le flamboyant, l’extraverti, le fantasque n’étaient plus adaptés au contexte “de l’après crise”, celui du “chic et discret”. Au sein de Dior, on évoque aussi “ses absences du studio”, son problème avec l’alcool, la dépression, les colères… Les affaires récentes ne seraient alors qu’un déclencheur. “La goutte d’eau qui fait déborder le vase” affirme même Viviane Blassel, chroniqueuse mode à TF1, elle aussi interrogée par Europe 1. Un expert du secteur rapporte d’ailleurs que la rapidité avec laquelle Galliano a été viré “montre que l’on ne s’est pas trop posé de question pour prendre cette décision”. Il ajoute que “cela fait plusieurs mois que la question de son remplacement se posait”.

Quels risques pour la marque Dior?

Le magazine Times le décrivait comme le “créateur le plus influent de sa génération”. De fait, il a réussi à dynamiser la marque Dior depuis 15 ans. Ses défilés faisaient l’évènement, son talent était unanimement reconnu. La tempête médiatique est donc aujourd’hui à la hauteur de son aura.

Pourtant, il n’est pas certain que Dior soit durablement affecté par cette affaire et par le départ de son créateur. Dans le cas de la polémique Guerlain, il avait été impossible de mesurer l’impact de la campagne de boycott car le groupe LVMH ne publie pas ses résultats marque par marque. Ce sera plus facile pour Dior, qui appartient à la holding Christian Dior, contrôlée par le Groupe Arnault. Mais les effets devraient être limités : selon un expert interrogé, la clientèle de Dior n’a pas tendance à annuler un achat à cause d’une campagne de boycott. Ces dernières n’ont, le plus souvent, que très peu de conséquences commerciales.

L’impact sur les ventes de Dior devrait donc être limité, d’autant que la direction a réussi sa communication de crise, en réagissant très vite. De fait, en se séparant rapidement de son créateur, la marque Dior a voulu dissocier tout de suite son image des affaires d’antisémitisme en cours. Opération réussie: plusieurs associations antiracistes ont adressé à la direction de la marque des félicitations pour la manière dont elle a géré la crise.

Qui pour remplacer Galliano?

Pour le moment, Dior refuse d’évoquer cette question. Le successeur de Galliano ne sera pas connu avant la fin des “fashions weeks”, au début du mois d’avril. En attendant, les spéculations vont bon train. On prête à certains, notamment à Bernard Arnaud, qui dirige la holding Christian Dior, la volonté de trouver un styliste extérieur à la maison. Mais pour d’autres, c’est en interne que sera trouvé le remplaçant : Hedi Slimane, directeur artistique de Dior Homme jusqu’en février 2007, ou Riccardo Tisci, actuel directeur artistique de Givenchy, sont cités. Dans tous les cas, les commentateurs s’accordent pour estimer que le futur directeur artistique de Dior aura une griffe bien différente de celle de Galliano. Pour tourner la page plus vite.

Source : http://www.lexpansion.com/entreprise/comment-dior-veut-desamorcer-l-affaire-galliano_249915.html

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