Le gourou de la com de DSK se met en retrait, derrière les avocats

Le Point.fr - Publié le 24/05/2011 à 11:12 - Modifié le 24/05/2011 à 11:13

Stéphane Fouks pilotait depuis quatre ans la stratégie de communication de DSK en vue de la présidentielle de 2012. L’affaire DSK a tout compromis.

Le gourou de la com de DSK se met en retrait, derrière les avocats

© Frédéric Dugit / PhotoPQR / Le Parisien

Le Point.fr : Vous étiez le stratège de la candidature DSK. Quel est votre rôle depuis le début de l’affaire ?

Stéphane Fouks : Dès le dimanche, il a été décidé d’une stratégie claire : les avocats américains ont la main. L’enjeu est avant tout celui d’obtenir l’acquittement de Dominique Strauss-Kahn. Tout le reste a disparu. Le rôle de l’agence s’arrête là. Face à des juges américains, il vaut mieux des avocats américains que des communicants français. Sachons tirer les leçons des affaires Polanski ou Florence Cassez.

Vous ne cherchez même pas à orienter la presse française ?

C’est inutile. À New York, il y a 80 journalistes sur cette affaire dont seulement 3 font de l’investigation. Les autres recopient des tweets. Peu à peu, toutes les “révélations” de la presse s’écroulent. La presse a parlé d’une fuite, d’affaires abandonnées à l’hôtel, d’un départ en panique… Quelques jours plus tard, on ne nous parle plus des affaires que DSK aurait abandonnées dans sa précipitation. On découvre que Dominique Strauss-Kahn a déjeuné avec sa fille avant de se rendre à l’aéroport et qu’il a lui-même téléphoné à l’hôtel pour récupérer son téléphone portable. Des témoins l’ont croisé dans l’ascenseur et disent qu’il était détendu. Drôle de fuyard !

Une rumeur circule chez vos concurrents. Depuis le début de l’affaire, les clients potentiels, ceux qui espéraient la victoire de DSK, se détourneraient d’Euro RSCG en occasionnant un manque à gagner de 15 millions d’euros…

Bien au contraire, nous avons fait une excellente semaine commerciale en signant deux nouveaux contrats qui seront révélés cette semaine. Les clients sont revenus vers nous au cours de cette semaine terrible parce que, “maintenant, vous devez avoir du temps pour vous occuper de nous”, nous ont-ils dit. Les entreprises raisonnent de façon pragmatique. Et les patrons du CAC 40, qui sont mes clients, n’ont pas besoin de moi pour avoir accès aux politiques. Je suis rocardien depuis 1978, tout le monde le sait, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des clients de toutes les sensibilités politiques.

Quel est exactement le rôle de Ramzi Khiroun, conseiller d’Arnaud Lagardère et proche de DSK ? A-t-il un contrat chez vous ?

Là encore, nous avons toujours été transparents. Ramzi travaillait chez Euro RSCG quand Arnaud Lagardère me l’a piqué. Je n’en étais pas très heureux, car Ramzi est le meilleur de la place en communication de crise. J’ai demandé à Arnaud Lagardère de me laisser Ramzi le temps de gérer la transition avec son portefeuille de clients. Puis nous avons maintenu un petit contrat de conseil entre Ramzi et Euro RSCG d’un montant assez faible afin que je puisse faire appel à ses services ponctuellement. Tout en travaillant chez Lagardère, il est aussi mon consultant, en quelque sorte. Tout cela se fait en toute transparence avec Arnaud Lagardère.

Est-il actif sur l’affaire DSK ?

Non, pas en l’occurrence. Lors de l’affaire Piroska Nagy, Anne Sinclair avait passé un contrat avec Euro RSCG et Ramzi avait travaillé avec nous. Mais là, non. Je le répète : les avocats américains sont seuls au travail.

Vous ne ferez pas la campagne présidentielle 2012. Pas trop déçu ?

En quatre ans, nous avons maîtrisé la stratégie de com d’un candidat que Nicolas Sarkozy avait envoyé en exil à l’étranger. Nous avons contribué à modifier l’image du FMI. Si l’agence a été si importante durant cette phase, elle était, de toute façon, vouée à retourner à l’arrière du camion dès que la campagne officielle aurait commencé parce que c’est dans l’ordre des choses. On n’a pas fait la campagne présidentielle de 1995, ni celle de 2007. Ça ne nous a pas manqué. L’agence a appris à vivre sans cela.

Toutes choses égales par ailleurs, avec Lionel Jospin, vous avez vécu déjà un très gros choc : le 21 avril 2002… Que s’est-il passé pour l’agence à ce moment-là ?

Le lendemain du 21 avril, je n’ai pas reçu beaucoup d’appels, je ne vous le cache pas. Toutefois, j’en ai reçu un, à 11 h 45. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était Arnaud Lagardère. Il voulait travailler avec moi. Et depuis ce jour-là, nous travaillons parfaitement ensemble.