JEAN-CHRISTOPHE ALQUIER VICE-PRÉSIDENT DE TBWA/FRANCE ET PRÉSIDENT D’HARRISON & WOLF

BFM Radio GOOD MORNING BUSINESS - 18 juin 2010 : Ecouter l’interview

Les Echos - 29 juin 2010

« Un nouveau 11 Septembre pour les Américains »
[ 29/06/10  - 03H00  - Les Echos  - actualisé à 08:30:35  ]

Jean-Christophe Alquier, qui a notamment géré la communication de sortie de crise de l’« Erika », est responsable du budget corporate de Total.

Quelle a été la première erreur de BP ?
Avoir négligé la dimension politique du dossier. Pourtant, les premières semaines, la crise a été plutôt gérée de façon positive par l’entreprise. Tony Hayward, le PDG, s’est immédiatement rendu sur place et a affirmé que BP assumerait financièrement les conséquences de la crise. La situation aurait d’ailleurs pu continuer sur ce mode jusqu’à ce que les tempêtes ramènent le pétrole sur les côtes, c’est-à-dire sur la faune et la flore…

Quelle stratégie aurait-il fallu mettre en oeuvre ?
BP aurait d’abord dû travailler main dans la main avec le gouvernement et la Maison-Blanche, à la fois de façon technique et sur le plan des dommages et des conséquences écologiques. Mais il est vrai que l’on évolue dans un univers anglo-saxon, où les partenariats entre entreprises privées et puissance publique ne vont pas forcément de soi. Par ailleurs, l’élément émotionnel a été sous-estimé. BP n’a pas réellement mesuré à quel point tous ces éléments - la marée noire, les dommages écologiques… -constituent des sources d’anxiété et d’émotion dans les sociétés modernes. Et ce n’est certainement pas un hasard si l’avocat retenu pour gérer les demandes d’indemnisation est Kenneth Feinberg, celui-là même qui s’était occupé des demandes des victimes du 11 Septembre. Ce 20 avril constitue, à sa manière, un 11 Septembre en soi et ni Obama ni l’exécutif américain ne l’ont immédiatement réalisé. BP a aussi commis des erreurs, notamment en prétendant être capable de sauver tous les morses du golfe du Mexique, jusqu’à ce qu’un parlementaire américain révèle qu’il n’y avait plus de morses dans cette zone depuis 3 millions d’années !

Comment BP peut-il s’en sortir par le haut ?
En entamant un véritable partenariat avec le gouvernement américain sur l’enjeu des énergies propres, voire en parvenant à créer des fonds de soutien destinés à intervenir dans ce type d’accident.

On murmure que les banques s’agitent beaucoup autour de la société en vue d’une OPA éventuelle…
C’est plausible. A rebours, il existe une véritable solidarité entre les différentes sociétés pétrolières, moins liée à une entraide sectorielle qu’au fait que chacune peut être confrontée à ce type de catastrophe et qu’elles sont amenées à partager leurs expériences et leurs solutions. Mais la capitalisation boursière de BP ayant fondu de moitié, l’entreprise est forcément vulnérable…

PROPOS RECUEILLIS PAR V. R., Les Echos

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