Affaire du Sofitel, plainte de Tristane Banon, parties fines au Carlton de Lille, SMS : on n’en finit plus de trouver des casseroles à Dominique Strauss-Kahn. Si l’homme est sans doute décrédibilisé politiquement, son cas n’est pas sans conséquences sur son parti.

> Par Aurore Gorius Journaliste

Edité par Amandine Schmitt   Auteur parrainé par Aude Baron

François Hollande doit publiquement tourner la page. Sa stature de leader de la gauche en dépend.

François Hollande, le 03 novembre 2011, en Corrèze (NOSSANT/SIPA)

Tel un puits sans fond, le cas DSK n’en finit pas d’empoisonner la campagne socialiste. Dans le prolongement de la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, de nouvelles portes ne cessent de s’ouvrir sur la face sombre de celui qui fut longtemps le favori des sondages. Entre parties fines et déplacement facturés aux frais du groupe semi-public de BTP Eiffage, l’affaire du Carlton de Lille est une énième onde de choc consécutive au séisme du 14 mai. Les opérations de com’ n’ont rien endigué et la boîte de Pandore est bel et bien grande ouverte.

Dernier rebondissement en date, Pierre Moscovici, le probable co-directeur de campagne de François Hollande, est cité dans l’un des SMS envoyé par DSK à l’homme d’affaires Fabrice Paszkowski, soupçonné de jouer les rôles de “rabatteur” pour le compte dans l’ancien directeur du FMI. Moscovici se défend de connaître l’homme d’affaire dans Libération d’hier : “je l’ai croisé dans le Pas-de-Calais, c’est tout. Il m’a peut-être raccompagné à la gare une fois. Je savais qu’il était proche de DSK, voilà tout”. Quelques heures plus tard, il dénonce à l’AFP des “insinuations à la fois insupportables et inacceptables” et s’étonne “des rumeurs nées autour de prétendu SMS divulgués par des sources étranges et reprises dans les médias sans la moindre rigueur”.

Quand un personnage public accuse les médias d’être à l’origine de ses maux, c’est souvent signe de panique. On se souvient que dans la foulée du Sofitel, Tristane Banon avait rapidement refait surface. François Hollande avait alors dû se défendre d’avoir été mis au courant de l’affaire, via la mère de la jeune femme.

Après Hollande et Moscovici, quel sera le prochain sur la liste ? Si le PS ne définit pas une ligne claire, tout le parti pourrait bientôt avoir besoin d’une communication de crise musclée pour déminer les révélations successives concernant son ancien leader. A chaque fois, l’image du PS en ressort ternie, si ce n’est celle d’un des acteurs principaux de la campagne.

DSK, de son côté, ne cessera de vouloir revenir en grâce, dans la perspective d’une possible victoire de la gauche en mai prochain. Il a montré sa détermination sur le plateau du 20h de Claire Chazal, à son retour en France. Cette porte laissée entrouverte par les socialistes est une épée de Damoclès au-dessus du candidat Hollande. Celui-ci doit non seulement s’exprimer sur cette lancinante affaire, mais aussi la condamner clairement. Il en va de son autorité comme de sa crédibilité. De son statut de leader de la gauche.

Lui, et tout le parti, n’ont pas d’autre choix aujourd’hui que d‘“enterrer” l’homme politique DSK. Ils le doivent à l’opinion publique, après avoir fermé les yeux sur certains des comportements “limites” de l’ancien ministre. Et, pire, pour avoir laissé une personnalité aussi fébrile, facilement attaquable, incarner le futur de la gauche, de l’alternance, et donc, potentiellement, de la France.

Les soutiens de DSK, Jean-Marie le Guen et autres Jean-Christophe Cambadélis, sont encore nombreux au PS et opposeront des résistances. Peut-être Martine Aubry elle-même, qui eu tant de mal à condamner à demi-mots à peine celui avec qui elle avait passé un pacte. Mais un retour médiatique ou aux affaires de l’homme du Sofitel, et maintenant du Carlton, n’est moralement plus possible.

La première épreuve du candidat Hollande ne vient pas du camp d’en face, mais du sien. S’il la surmonte sans ambiguité, il en sortira grandi. S’il refuse de tourner la page, ce sera l’un de ses principaux talons d’Achille quand la campagne battra son plein.

Source : nouvelobs.com