> Par Olivier Cimelière Communicant

Edité par Louise Pothier   Auteur parrainé par Daphnée Leportois

L’improbable horlogerie communicante de Dominique Strauss-Kahn vient à nouveau de se détraquer depuis que le quotidien “Libération” a révélé la teneur des SMS libertins que l’ex-directeur du FMI échangeait gaiement avec ses comparses de parties fines. S’il avait jusqu’à présent manipulé la com’ rédemptrice avec un certain “brio” pour contrer les accusations de Nafissatou Diallo et de Tristane Banon, la réputation de DSK retombe dans de sales draps. Cette fois, peut-on d’ores et déjà parler d’extrême-onction médiatique de l’ex-candidat à la candidature et de chômage technique pour ses spin doctors ?

DSK sur TF1

Déminage cosmétique à la petite semaine

Les communicants de DSK ont probablement oublié une règle d’or lorsqu’ils ont opéré la mission de sauvetage médiatique de leur champion. Trop focalisés à éteindre les incendies Diallo et Banon, ils ont perdu de vue qu’une crise ne se résume pas à un unique élément déclencheur à circonscrire (en l’occurrence les accusations des deux femmes) mais à un contexte plus vaste à analyser. Lequel avait en effet toutes les chances d’être dévoilé dès lors que la boîte de Pandore eut été ouverte dans la suite 2806 du Sofitel de New York.

A cet égard, l’éclatement de l’affaire de l’hôtel Carlton à Lille et des mystérieux SMS n’est que la suite logique de cette intangible règle systémique de la communication de crise : le choc d’une révélation fait toujours remonter à la surface d’autres éléments longtemps camouflés.

Les frasques bambocheuses et lubriques de DSK ne datent effectivement pas d’hier. Elles étaient même largement connues par un certain microcosme politico-médiatico-policier qui s’en délectait avec humour. Même si fréquenter des boîtes échangistes ou avoir une activité sexuelle débridée ne constituent effectivement pas un délit, les communicants de DSK ne pouvaient pas en revanche ignorer ce talon d’Achille d’un point de vue strictement réputationnel. Or, au lieu d’intégrer ce paramètre et ses effets collatéraux potentiels dans leur stratégie globale, ils ont opté pour une approche tactique au coup par coup. Au risque de toujours courir après l’histoire !

Ce déminage au fur et à mesure des dérapages de DSK visait clairement à occulter l’image d’un DSK satyre compulsif au profit d’un DSK pénitent et surtout expert en économie.

Résultats : l’adultère avec sa collaboratrice hongroise du FMI ? Un simple coup de canif dans le contrat de mariage pardonné par Anne Sinclair elle-même sur son blog. La gâterie de la suite 2806 ? Une affaire entre un homme et une femme de chambre pas si “irréprochable”. Les allégations de tentative de viol de Tristane Banon ? Des propos sans preuve d’une personne “instable” (par ailleurs déboutée depuis par la justice).

Et pour enfoncer le clou, est ensuite déroulé un plan com’ implacable. Cela démarre avec vingt minutes d’interview au 20 heures de TF1 le 18 septembre où DSK bat calmement sa coulpe, rend hommage à son épouse bafouée et délivre ses oracles économiques sur l’euro en crise. La suite est à l’aune de ce coup médiatique. Accumulation de couvertures “people” dans les magazines de papier glacé pour sonner l’heure du grand pardon, confessions en librairie d’Anne Sinclair qui avoue elle-même avoir fauté et pour couronner le tout, l’irruption d’Ivan Levaï, l’ami journaliste (et ex-mari d’Anne Sinclair) pourfendeur en chef des anathèmes contre DSK avec un livre plaidoyer intitulé sans ambages “DSK : Chronique d’une exécution”.

SMS d’un DSK en détresse !

Or, à force de planquer la poussière sous le tapis au lieu de passer le balai de fond en comble, on finit toujours par s’y prendre les pieds. Intimes authentiques de leur patron et donc au fait de ses incartades coquines, les communicants de DSK ont néanmoins préféré s’en tenir systématiquement à cette posture tactique à la limite du déni pour espérer refaire une virginité à une image pourtant bien cabossée.

Ainsi, lorsque le nom de DSK apparaît lors d’une enquête policière sur une possible affaire de proxénétisme au Carlton de Lille, la réplique est cinglante dans le camp de l’ex-directeur du FMI. Aussitôt, ce dernier fait savoir dans une déclaration à l’agence France Presse sa volonté qu’il “soit mis un terme aux insinuations et extrapolations hasardeuses et encore une fois malveillantes” et “à être vite entendu par le juge”. La suite va pourtant contrarier le plan com’ !

Les SMS compliquent désormais sérieusement le dossier DSK et les communicants sont le dos au mur. À ce stade, les options communicantes ne sont pas légion. Première possibilité : ils prennent le risque de contester l’authenticité des SMS et dans ce cas, il leur faudra apporter des preuves tangibles allant dans ce sens.

Toutefois, cette tactique périlleuse n’exclut pas que d’autres casseroles libertines passées sous silence jusque-là fassent à leur tour leur apparition sur la scène publique. Une hypothèse d’autant moins farfelue que l’image déjà largement viciée de DSK est en train de devenir un encombrant fardeau pour le parti socialiste à l’aube d’une campagne présidentielle qui s’annonce sans merci et “fertile” en coups bas.

Autre possibilité plus radicale mais sans retour : ils admettent les éléments à charge et entérinent de fait l’enterrement réputationnel de Dominique Strauss-Kahn. Un choix douloureux et sans appel pour celui qui croyait il y a encore peu de temps, pouvoir exercer des hautes responsabilités dans un futur proche mais un choix qui peut sans doute juguler l’hémorragie médiatique. En allant plus loin et perdu pour perdu, DSK pourrait même alors publier d’opportunes “confessions d’un politique égaré”, histoire d’avoir au moins la maîtrise du point final. Une chose est en tout cas quasi certaine : DSK est à terre et ne s’en relèvera pas politiquement.

Source : nouvelobs.com